Il m’écrira ulterieurement …

seule.jpg


IL n’a pas le temps .. 11738322p.jpg
Je vous livre cette reflexion de Claude Allégre publiée dans L’Express du 02/02/2006
voir la page source

La pandémie chronophage
Il m'écrira ulterieurement ... dans Non classé clip_image002

Tout le monde est pressé, et personne ne sait plus «perdre» du temps, réfléchir, penser

On s’interroge périodiquement sur le risque de pandémie et les moyens de s’en protéger. Hier, c’étaient la fièvre aphteuse, l’ESB; aujourd’hui, la grippe aviaire. Pourtant, il est une pandémie qui, chaque jour, fait des ravages et s’étend au monde entier, contre laquelle on ne fait rien. Je veux parler de la chronophagie, cette maladie des temps modernes qui mange le temps, notre temps.

Dans un article célèbre, le Mahatma Gandhi, qui n’était pas un apôtre du progrès, mit en garde contre l’amélioration des transports, car elle contraignait l’emploi du temps de l’homme. «S’il vous faut une journée pour aller à la ville, vous n’irez qu’une fois par mois et, le reste du temps, vous organiserez votre vie au village avec sérénité; mais qu’advienne un nouveau moyen de transport, en l’occurrence l’autobus, vous permettant d’aller à la ville en une heure, et votre vie sera transformée. Vous irez à la ville une ou deux fois par semaine. Votre temps sera divisé, vous imaginerez de nouvelles activités et, les transports s’améliorant, vous serez toujours entre la ville et le village, ne profitant ni de l’une ni de l’autre.»

Eh bien, nous y sommes! Les hommes d’affaires sont sans cesse dans les avions. Ils ne profitent nullement des villes qu’ils visitent, se contentant du trajet aéroport-réunion-restaurant-réunion-aéroport. Rentrés chez eux fatigués, ils n’ont plus le temps de vivre. Alors, heureusement, il y a la télé! Les adolescents, accrochés à leur téléphone mobile, courent, font le va-et-vient entre leur ordinateur, les réunions entre copains pour écouter de la musique et la télé devant laquelle ils zappent sans cesse. Pour l’homme politique, ce n’est pas mieux. Il court  de réunion en réunion, téléphone 40 fois par jour, passe un tiers du temps avec les médias et réfléchit quand il dort! Les assistants rédigent ses discours, qu’il lit, quand ce ne sont pas les assistants d’assistants. Comment s’étonner qu’il n’y ait plus de proposition politique sérieuse? Dans la chaîne de décision, privée ou publique, tout le monde est pressé, et personne ne sait plus «perdre» du temps, réfléchir, penser. On vous interroge. Il faut répondre par oui ou par non. Internet, blog, Wi-Fi. Les sondages faits auprès de 1 000 personnes vous disent ce qu’il faut penser. Les conversations sont réduites à un questionnement binaire. Cette fébrilité frénétique gagne du terrain sur la planète. Ce progrès-là s’appelle la cybercivilisation.

Il y a quelques années, un anthropologue ramena à Paris un Papou. Il s’adapta assez vite. Mais il fit à son tour des observations anthropologiques: «A Paris, dans la rue, les gens marchent vite, certains courent, ils se bousculent. J’ai voulu savoir s’ils poursuivaient quelqu’un ou quelque chose. Non, ils ne poursuivent rien! Merci, je retourne chez moi! » Avons-nous perdu le plaisir d’observer la nature et de réfléchir? L’espèce Cybernautis economicus est-elle vraiment le produit heureux de l’évolution d’Homo sapiens?

Cet article me remet en mémoire combien la gestion du temps est au cœur des questions que nous abordons en coaching : nos valeurs, nos priorités, la répartition de nos domaines de vie et nos projets. C’est bien en partant d’abord de ces questions et en se mettant au clair avec elles que nous pouvons ensuite décider d’une gestion du temps qui nous corresponde personnellement. Mince !  j’ai mon avion dans quelques heures , faut que je me sauve !

Laisser un commentaire